Tips Music a sorti le même nombre de chansons au cours de deux trimestres, tandis que ses coûts de contenu ont fortement varié. Pour un label qui constitue un catalogue indien, le nombre de sorties ne donne donc qu’une mesure incomplète des dépenses : une production identique peut avoir un coût différent.
Utiliser le nombre de sorties comme dénominateur
Le nombre de chansons indique à un label ce qu’il a mis sur le marché. Il ne lui indique pas combien il a payé pour obtenir ce résultat. Dans le cas de Tips Music, le nombre de chansons est resté stable d’un trimestre à l’autre, alors même que les coûts de contenu ont fortement varié. Diviser le coût de contenu de chaque trimestre par son nombre de chansons ferait apparaître l’évolution du coût moyen par sortie. Comme les nombres étaient égaux, l’évolution de cette moyenne suivrait celle du coût total du contenu.
Ce calcul constitue un point de départ pour établir le budget de nouvelles sorties. Avant de s’engager sur un autre groupe de chansons, un label peut comparer le coût moyen prévu à celui du groupe précédent. Si la moyenne prévue augmente, il peut déterminer quels accords expliquent la différence. Un objectif de sorties fixe ne devrait pas devenir tacitement une hypothèse de dépenses fixes.
Cette moyenne a aussi ses limites : elle décrit le groupe, et non le prix ou les performances d’une chanson en particulier. Un label peut s’en servir pour repérer une évolution budgétaire, puis revenir à ses accords pour voir où se situe cette évolution. C’est une réponse plus utile que d’augmenter ou de réduire l’objectif de sorties au seul motif que le nombre de chansons du trimestre semble familier.
Associer le budget des droits à chaque sortie
Le rapport de Tips Music met en évidence la tarification des droits et le suivi des retours au-delà du nombre de sorties. Un label indépendant peut intégrer ces deux tâches au dossier de chaque sortie. Lorsqu’il approuve une chanson, il devrait consigner le coût auquel il s’engage pour celle-ci et les droits couverts par l’accord. À l’arrivée des revenus, il devrait enregistrer ces recettes pour la même chanson. La comparaison qui en résulte répond à une question concrète : quelles sorties génèrent des revenus au regard des coûts engagés pour elles ?
Cela change la façon dont le label examine un trimestre. Une liste des sorties réalisées peut confirmer leur livraison, mais elle ne permet pas de savoir si l’augmentation des dépenses de contenu s’est concentrée dans certains accords ou répartie sur l’ensemble du programme. Un relevé des coûts lié à chaque sortie permet d’examiner ces deux possibilités. Il fournit aussi une base plus précise que le nombre de chansons que le label espère publier pour la discussion budgétaire suivante.
Pour un petit catalogue, le relevé peut rester simple. Les champs utiles sont la sortie, l’accord sur les droits, le coût de contenu engagé pour celle-ci, les revenus qui lui sont attribués et la période au cours de laquelle ces revenus sont arrivés. Ces champs permettent au label de réévaluer sa décision à mesure que les retours s’accumulent, sans considérer que toutes les chansons d’un trimestre ont coûté la même chose.
Assurer la traçabilité des revenus jusqu’au bon accord
Les relevés de coûts ne représentent qu’un côté de la comparaison. Des organisations de gestion des droits musicaux, des éditeurs et des plateformes numériques se sont réunis à Ho Chi Minh City pour discuter des données sur les droits et de la collecte des redevances. Leur discussion situe les données au moment où une utilisation commerciale doit devenir un relevé de collecte. Pour un label, la tâche pratique consiste à rendre chaque entrée de revenu identifiable afin de la relier à une sortie et à l’accord qui la régit.
Pour cela, il faut des relevés cohérents dans les dossiers d’accords du label et dans son suivi des revenus. Si un paiement ne peut pas être attribué à la sortie concernée, le label ne peut pas comparer de manière fiable les revenus de cette sortie à son coût. Si l’accord ne figure pas aux côtés de l’entrée de revenu, le label doit reconstituer la situation des droits avant de pouvoir évaluer le résultat. Le label peut résoudre ces problèmes comptables dès la préparation de la sortie, au lieu d’attendre la fin du trimestre.
La discussion entre organisations de gestion des droits, éditeurs et plateformes numériques a porté sur la collecte des redevances ainsi que sur les données relatives aux droits. Un label qui entre sur un marché devrait donc demander quelles informations ses partenaires ont besoin pour identifier son catalogue et lui déclarer les revenus. La réponse doit figurer dans le plan opérationnel aux côtés du budget de contenu. Payer pour les droits et pouvoir reconnaître les recettes qui en découlent sont deux volets liés d’une même décision d’investissement.
Définir une règle pour le prochain engagement
Avant d’approuver le prochain groupe de chansons, un label indépendant peut effectuer trois vérifications :
- Diviser le budget de contenu prévu par le nombre de sorties prévu, puis comparer cette moyenne à celle du dernier groupe achevé.
- Attribuer chaque coût prévu à une sortie nommée et à son accord sur les droits, afin d’identifier l’origine de toute évolution de la moyenne.
- Préciser comment les revenus seront attribués à cette sortie, afin de pouvoir comparer ses recettes aux coûts engagés pour elle.
La première vérification donne un prix à l’objectif de sorties. La deuxième montre quels engagements déterminent ce prix. La troisième permet d’évaluer le résultat après la distribution. Les nombres de sorties identiques de Tips Music et ses coûts de contenu très différents montrent pourquoi le nombre de chansons ne peut pas remplir ces trois fonctions. Un label peut conserver ce décompte, mais sa prochaine décision de dépense devrait reposer sur le coût par sortie et sur un moyen de suivre les revenus générés par chacune.