Un artiste marocain qui écrit, chante et finance un enregistrement peut avoir trois revendications distinctes pour une même sortie. La règle pratique est simple : enregistrer l’œuvre, l’interprétation et le master sous les bons noms. Le fait de téléverser l’audio chez un distributeur ne documente qu’une partie de cette chaîne.
Le Bureau Marocain des Droits d’Auteur et Droits Voisins (BMDAV), l’organisme marocain de gestion collective des droits, rend cette distinction visible dans ses propres documents. Il propose une déclaration d’œuvre musicale pour les auteurs et des dossiers distincts au titre des droits voisins pour les interprètes et les producteurs d’enregistrements sonores. Un chanteur qui a aussi écrit la topline et possède l’enregistrement doit vérifier ces trois rôles.
Une sortie, trois revendications distinctes
La composition comprend la mélodie et les paroles. Son dossier doit indiquer les auteurs et leurs parts convenues ; l’enregistrement ne suffit pas à établir qui a écrit la chanson. Les documents de BMDAV destinés aux auteurs comprennent une déclaration spécifique pour une œuvre musicale, et non un dépôt générique d’enregistrement.
L’interprétation correspond à la contribution du chanteur ou de l’instrumentiste à un enregistrement. BMDAV répertorie des justificatifs distincts pour les chanteurs, les musiciens et les choristes, et sa page de discographie distingue le catalogue de l’artiste interprète de celui du producteur du phonogramme. Une voix invitée et un musicien de session rémunéré ont donc besoin de crédits qui précisent leurs rôles réels, et non d’un champ « artiste » passe-partout.
Le phonogramme est le master enregistré. Dans ce contexte de droits, son producteur est la personne ou l’entreprise qui revendique le droit sur l’enregistrement sonore ; il peut s’agir d’un artiste qui sort sa musique lui-même ou d’un label. La liste des pièces à fournir de BMDAV pour les droits voisins distingue même le producteur d’enregistrements sonores personne physique de l’entreprise. Le nom indiqué dans la revendication doit donc correspondre à l’entité qui possède le master.
Pourquoi l’ISRC ne suffit pas
ISRC signifie International Standard Recording Code. L’agence ISRC d’IFPI indique qu’il identifie un enregistrement sonore, et non sa composition ou ses paroles. Un ISRC peut faciliter le rapprochement du master entre différentes sorties et différents services, mais il ne constitue pas une déclaration d’auteur et ne prouve pas qu’un musicien de session a été crédité.
Cette distinction compte, car Spotify décrit les redevances d’enregistrement et d’édition comme des flux distincts. L’explication du service est générale et ne décrit pas les accords de licence individuels de BMDAV. Pour un catalogue marocain, il faut comparer un relevé clair du distributeur aux inscriptions au titre des droits d’auteur et des droits voisins, sans confondre ce relevé avec l’une ou l’autre.
BMDAV indique recevoir des dossiers d’affiliation et des déclarations pour les œuvres et les interprétations, et représenter les droits marocains dans le cadre d’accords avec des sociétés étrangères. Il s’agit du mandat déclaré par la société, et non d’une garantie que chaque écoute à l’étranger sera identifiée ou rémunérée. Une revendication de droits dépend toujours de données de répertoire exactes et des accords qui couvrent l’utilisation.
Établir un tableau de rapprochement avant la sortie
Prévoyez une ligne par piste avec son titre, son ISRC, le propriétaire du master, les noms des auteurs et leurs parts convenues, les crédits des interprètes et le dépôt ou l’accusé de réception correspondant de BMDAV pour chaque rôle concerné. Conservez les contrats de production et les accords de session à côté. BMDAV publie des attestations pour les chanteurs, les studios et les producteurs, ce qui rappelle utilement qu’un litige sur les crédits peut nécessiter des preuves allant au-delà d’un profil sur une plateforme.
Vérifiez ensuite chaque ligne à l’aide de trois questions : qui a écrit l’œuvre ? Qui a interprété le master ? À qui appartient l’enregistrement sonore ? Si une réponse manque, interrogez le collaborateur concerné avant la livraison, tant que les documents sont encore faciles à corriger. Un label qui a des dizaines de sorties devrait intégrer cette vérification à la réception des projets, au même titre que le contrôle de l’audio et des visuels.
Nous avons déjà présenté la réforme du droit d’auteur au Maroc et la distinction entre les revenus d’enregistrement, ainsi que la répartition du marché entre les auditeurs marocains et ceux de l’étranger. La leçon opérationnelle est plus ciblée : la distribution régionale met le master à disposition des services, tandis que des dossiers de droits complets offrent à chaque contributeur une voie plus claire vers les revenus liés à cette utilisation. Demandez à tout distributeur comment son tableau de bord relie les revenus d’enregistrement au propriétaire et comment il conserve les crédits nécessaires aux autres revendications.