Le Bénin a instauré une redevance pour copie privée par décret gouvernemental, mais son système de rémunération ne prévoit toujours pas de circuit documenté allant de cette redevance au compte d’un musicien. Les sources elles-mêmes montrent cette lacune. Un décret daté du 5 May 2015 précise qui doit payer, le taux, l’organisme chargé de la collecte et le rôle des douanes. Pourtant, l’étude mondiale 2026 sur la copie privée de l’International Confederation of Societies of Authors and Composers (CISAC) et de ses partenaires classe le Bénin parmi les pays dotés d’un système légal de rémunération, mais dépourvus de mécanismes de collecte et de répartition. Ces deux constats peuvent décrire le même marché : une règle écrite et une opération de paiement sont deux choses différentes.
Pour un label qui envoie un catalogue à Cotonou, cette distinction compte davantage que la simple existence d’une redevance. Une redevance peut déterminer qui doit payer pour la copie privée. À elle seule, elle ne dit pas quel importateur a payé, quelles œuvres sont éligibles, comment les sommes sont réparties entre les compositeurs, les interprètes et les producteurs, ni quand les ayants droit reçoivent un relevé. La question commerciale sans réponse au Bénin porte sur le circuit entre ces étapes.
Ce que prévoit réellement le décret
La loi béninoise sur le droit d’auteur, Law 2005-30 of 2006, reconnaît aux auteurs, aux interprètes dont les prestations sont fixées sur des phonogrammes et aux producteurs de phonogrammes un droit à rémunération pour certaines copies à usage privé. Ses articles 74 à 78 mettent l’obligation de paiement à la charge des fabricants et importateurs de supports physiques concernés, confient la collecte et la répartition à l’organisme de gestion collective, et exemptent les exportations ainsi que les supports qui ne sont pas habituellement utilisés pour la copie privée. Ce sont des droits et des obligations, pas un justificatif de paiement ni un relevé de répartition.
Le Decree 2015-247, dated 5 May 2015, va plus loin. L’article 2 décrit les supports vierges d’enregistrement et les appareils capables de reproduire des œuvres. L’article 3 fixe un taux de 5 per cent de la valeur coût, assurance et fret de chaque support vierge d’enregistrement. L’article 4 désigne le Bureau Béninois du Droit d’Auteur et des Droits Voisins (BUBEDRA) comme seul organisme autorisé à percevoir la redevance. L’article 5 autorise les douanes à la percevoir et à transférer les sommes sur le compte bancaire de BUBEDRA. L’article 6 demande à BUBEDRA de reverser aux douanes 10 per cent des sommes recouvrées au titre des frais de fonctionnement. L’article 7 prévoit toujours un arrêté d’application conjoint des ministres chargés de la culture et des finances.
Ces précisions devraient empêcher de réduire l’histoire à « le Bénin n’a pas de loi ». Elles devraient aussi dissuader un éditeur de prendre le pourcentage du décret pour une estimation des sommes qui entrent déjà dans l’économie musicale. L’assiette porte sur une catégorie définie d’importations, et non sur tous les téléphones vendus au Bénin, et le texte ne prouve pas à lui seul que les douanes ont commencé à percevoir la redevance sur un produit donné. Un ayant droit ne peut pas convertir un taux légal en prévision de redevances sans connaître l’assiette des importations, les recettes réellement perçues et les règles de répartition.
Pourquoi le classement de 2026 indique toujours l’absence de mécanisme
L’étude pilotée par CISAC et publiée en 2026 classe le Bénin dans la catégorie « système de rémunération, mais sans mécanismes de collecte et de répartition ». La fiche du Bénin reconnaît l’existence de la loi et de BUBEDRA, mais le tableau de synthèse indique « Non » pour les tarifs. Cette dernière mention cadre mal avec le taux applicable aux supports vierges fixé par le décret de 2015. L’interprétation la plus défendable est qu’il existe un écart entre un texte juridique et l’évaluation, par l’étude, d’un système tarifaire opérationnel. Cela ne prouve ni que le décret a été abrogé, ni que des sommes ont été collectées puis retenues. Aucune des deux sources ne fournit de série de recettes pour la copie privée au Bénin ni de tableau des paiements aux bénéficiaires.
La présentation de la réforme de BUBEDRA par le ministère de la Culture décrit la copie privée comme un nouveau dispositif dont le lancement reste à préparer. Elle mentionne des actions pour informer les douanes et les importateurs avant le début de la collecte, rendre opérationnelle une commission technique, publier une comptabilité annuelle et mettre en place un système de répartition avec une assistance technique. La page ne donne pas de date d’achèvement pour ces actions et ne permet donc pas, à elle seule, d’établir leur état actuel. Elle montre pourquoi la numérisation de la collecte des redevances ordinaires de droit d’auteur ne peut pas être considérée comme l’activation d’une redevance distincte pour copie privée.
Le point de situation public le plus récent vient de la presse locale. Dans un article du 28 July 2026 consacré à un atelier à Cotonou, le quotidien béninois La Nation rapporte que le directeur général de BUBEDRA, Eugène Aballo, a indiqué que les préparatifs de la collecte, de la documentation et de la répartition étaient en cours. Selon l’article, les participants devaient examiner les modalités de collaboration entre BUBEDRA, les douanes et le Trésor. Cet article décrit des travaux de mise en œuvre, pas une campagne de collecte achevée. Il conforte indépendamment la prudence opérationnelle de l’étude de CISAC, tout en apportant une date plus récente et en précisant les institutions responsables.
La copie privée relève d’un compte distinct
Sur sa plateforme publique de paiement, BUBEDRA explique aux lieux et autres utilisateurs comment s’inscrire, suivre un compte et payer des redevances de droit d’auteur. La plateforme cite notamment les organisateurs de concerts, les diffuseurs, les clubs et les restaurants. C’est une interface de collecte utile, mais la page ne mentionne ni tarif pour la copie privée, ni déclaration d’importation, ni total des recettes, ni calendrier des paiements aux bénéficiaires. Le précédent article d’InterSpace Daily sur le Bénin examinait cette collecte ordinaire des redevances et les difficultés à s’inscrire au registre des ayants droit. Cet article porte sur une redevance distincte, prélevée sur les supports de copie, et sur l’absence de preuves de son passage par les douanes, BUBEDRA et le système de répartition.
Cette distinction compte aussi pour un distributeur à Lagos ou à Accra. La livraison d’un enregistrement à un fournisseur de services numériques (DSP) crée un circuit de relevés et de paiements de la plateforme, régi par les accords de distribution et de plateforme concernés. Un système de rémunération pour copie privée relève d’un circuit légal lié aux supports de copie. Un même enregistrement peut être concerné par les deux, mais un relevé de DSP ne permet pas de confirmer que les importateurs béninois ont payé la redevance, et le portail de paiement des utilisateurs de BUBEDRA ne remplace pas le relevé du DSP. Pour les ayants droit, il s’agit de comptes distincts à rapprocher.
La loi béninoise désigne aussi trois catégories de bénéficiaires : les auteurs, les interprètes et les producteurs de phonogrammes. La loi de 2006 prévoit que la rémunération pour copie privée soit répartie entre ces catégories. Les métadonnées de distribution d’une sortie indiquent les contributeurs et les titulaires des droits sur l’enregistrement pour sa livraison, mais elles ne montrent pas comment BUBEDRA rapprochera une enveloppe calculée sur les importations d’œuvres ou d’enregistrements précis. Tant qu’il n’existe pas de règles de répartition et de relevés publiés, un artiste devrait considérer toute somme au titre de la copie privée comme une possibilité non vérifiée, et non comme un revenu acquis.
Les documents qui permettraient de trancher
La prochaine communication utile doit être concrète : un arrêté d’application précisant les produits concernés et la méthode de calcul ; des données douanières ou des comptes de BUBEDRA montrant les sommes évaluées et perçues ; et une règle de répartition indiquant comment les auteurs, les interprètes et les producteurs sont identifiés et rémunérés. Le décret de 2015 précise déjà le transfert des douanes à BUBEDRA et la retenue au profit des douanes. Un rapprochement publié de ces deux flux montrerait si ce dispositif légal fonctionne. Un relevé destiné aux bénéficiaires montrerait si les sommes arrivent au bout du circuit.
La directive régionale ne comble pas automatiquement ces lacunes. L’étude pilotée par CISAC en 2026 recense une directive de 2023 de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) sur l’harmonisation de la rémunération pour copie privée. Le reportage de La Nation publié en juillet 2026 indique que l’atelier de Cotonou travaillait sur sa mise en application nationale. Une orientation juridique commune est utile. Un musicien n’est rémunéré que lorsqu’un processus national de collecte et de répartition peut être vérifié.
Pour l’instant, la note à inscrire au catalogue doit rester précise. Le Bénin reconnaît un droit légal à rémunération pour copie privée et dispose d’un décret de 2015 qui définit un taux et un circuit passant par les douanes. L’évaluation de CISAC en 2026 et les informations de juillet sur la mise en œuvre ne confirment pas l’existence d’un circuit de paiement fonctionnel et documenté publiquement. Les ayants droit devraient tenir à jour les justificatifs de leur qualité d’auteur ou d’interprète ainsi que de leur titularité sur le master, afin de pouvoir présenter une demande lorsque les règles et les relevés seront publiés. Ils devraient demander l’arrêté, les justificatifs de recettes et la méthode de répartition avant de comptabiliser une quelconque recette de redevance. Le parcours de l’argent commence là où le décret s’arrête.