L’Inde est le marché que tous les distributeurs citent dans leur pitch deck et que presque aucun ne dessert correctement. Les chiffres de 2025 expliquent pourquoi l’écart ne cesse de se creuser.
Le pays a gagné près de 4 millions d’abonnements payants à la musique l’an dernier, un bond de 37 % qui porte le total à 14,4 millions, selon le rapport annuel sur les médias d’EY et de la Fédération des chambres de commerce et d’industrie indiennes (rapporté par Music Business Worldwide).
Cela ressemble à une percée. Rapporté à la base, c’est une erreur d’arrondi. L’Inde compte 178 millions d’utilisateurs de streaming musical, et seulement 8 % d’entre eux paient.
L’argent est réel, le calcul par utilisateur est brutal
Les revenus d’abonnement ont dépassé 10,3 milliards de roupies en 2025, soit environ 118 millions de dollars. Le rapport EY-FICCI prévoit que le nombre d’abonnés payants atteindra 28 à 30 millions d’ici 2028 et que les revenus d’abonnement feront plus que doubler pour atteindre 22 milliards de roupies, soit environ 236 millions de dollars.
Mais c’est la composition qui raconte l’histoire. Sur environ 6 000 milliards de chansons streamées en Inde l’an dernier, les streams payants représentaient moins de 3 % du total. Environ 164 milliards de streams provenaient de comptes payants. Le reste était gratuit ou financé par la publicité.
L’IFPI, c’est-à-dire la Fédération internationale de l’industrie phonographique, a classé l’Inde au 15e rang des marchés de la musique enregistrée au premier semestre 2025. Sa directrice générale, Victoria Oakley, l’a qualifié de marché au potentiel extraordinaire qui n’a guère progressé en 18 mois (IFPI Global Music Report 2026).
Si la croissance est en deçà du battage médiatique, c’est pour la même raison que l’Inde récompense une couverture régionale : la valeur est répartie de manière très fine sur une base énorme et multilingue, et non concentrée dans un niveau premium.
JioSaavn et Gaana sont là où se trouve le public
JioSaavn a déclaré plus de 100 millions d’utilisateurs actifs mensuels en 2025, et ses cinq langues les plus streamées étaient l’hindi, le télougou, le pendjabi, le tamoul et l’anglais (via Music Ally). Le fait que le télougou et le tamoul devancent l’anglais résume tout l’enjeu. Ce n’est pas un marché uniquement hindi, ni un marché où l’anglais prime.
Les prix montrent à quel point le niveau payant est jeune. Spotify est à 119 roupies par mois, soit environ 1,37 dollar, tandis que Gaana et JioSaavn sont à 99 roupies, soit environ 1,14 dollar. En octobre 2025, JioSaavn a lancé un forfait Pro annuel à 399 roupies pour l’année entière, une mesure délibérée pour convertir les auditeurs gratuits sans exiger d’engagement mensuel.
Voici ce que la plupart des distributeurs internationaux ne comprennent pas. Gaana a supprimé son offre financée par la publicité en 2025, resserrant ses exigences de catalogue, tandis que JioSaavn continue de faire grandir une base locale que Spotify et YouTube n’ont pas délogée. Si votre distributeur ne livre qu’aux grandes majors internationales, vous êtes absent des deux plateformes où la découverte de musique en langues indiennes se produit réellement.
Ce qu’un artiste ou un label devrait en retenir
L’Inde n’est pas un marché que l’on gagne avec un seul titre en hindi sur Spotify. C’est un marché que l’on gagne avec des métadonnées linguistiques correctes sur JioSaavn, Gaana et les niveaux financés par la publicité où se trouvent encore 92 % des auditeurs.
Trois actions concrètes pour toute sortie en Inde :
- Indiquez précisément la langue de la sortie. Les catalogues en télougou, tamoul, pendjabi et bhojpuri sont invisibles si tout est classé en hindi ou en anglais.
- Distribuez sur les DSP locales, pas seulement sur les deux applications occidentales. Les 100 millions d’utilisateurs de JioSaavn constituent la couche de découverte.
- Surveillez la ligne des streams gratuits. Avec moins de 3 % de streams payants, votre redevance en Inde est un jeu de volume, et un reporting clair par stream est ce qui vous permet de savoir que cela fonctionne.
InterSpace Distribution a construit son système de livraison exactement pour ce type de marché fragmenté et régional. La livraison native DDEX, c’est-à-dire la norme Digital Data Exchange que les plateformes ingèrent réellement, transporte vos métadonnées linguistiques intactes vers JioSaavn et Gaana, et les répartitions transparentes arrivent proprement, de sorte qu’un featuring en télougou et un remix en tamoul soient chacun payés sans tableur.
Le niveau payant indien continuera de croître vers les 30 millions. Les artistes qui en bénéficieront sont ceux déjà livrés, dans la bonne langue, sur les plateformes où se trouvent réellement les 164 autres millions d’auditeurs.