Le Canada vient d’enregistrer sa onzième année consécutive de croissance de la musique enregistrée. Le marché a atteint 957,9 millions de dollars canadiens (CAD$) en 2025, en hausse de 5,6 %, selon le Global Music Report 2026 de l’IFPI. IFPI signifie International Federation of the Phonographic Industry, l’organisme qui comptabilise le marché mondial.
Cela place le Canada au neuvième rang mondial, un cran en dessous de 2024 malgré la hausse des revenus, car les marchés plus importants croissent plus rapidement.
Mais le chiffre qui compte pour quiconque vend de la musique depuis Toronto, Montréal ou Vancouver n’est pas les 957,9 millions de dollars canadiens. C’est celui-ci : 92 % des redevances Spotify des artistes canadiens proviennent d’auditeurs situés à l’extérieur du Canada.
Le marché a grandi, mais l’argent est parti
Le streaming a fait le gros du travail au pays. Le rapport Loud & Clear de Spotify pour le Canada chiffre les redevances 2025 versées aux artistes canadiens à plus de 544 millions de dollars canadiens, un bond de 19 % par rapport à l’année précédente.
L’IFPI a enregistré des revenus de streaming canadiens de 747 millions de dollars canadiens, en hausse de 4,5 %, avec une progression de 9,4 % pour l’audio et la vidéo financés par la publicité, et une hausse frappante de 15,9 % pour les formats physiques.
Le hic, c’est l’origine de ces revenus. Sur ces 544 millions de dollars canadiens encaissés par les artistes canadiens sur Spotify, plus de neuf dollars sur dix ont été versés par des auditeurs à l’étranger, principalement aux États-Unis, puis en Europe et en Amérique latine.
92 %, c’est un passeport, pas une frontière
Les chiffres canadiens de Spotify se lisent comme un rapport d’exportation, pas comme un rapport domestique :
- Les artistes canadiens ont été découverts à l’international plus de 3,56 milliards de fois en 2025.
- Plus de 370 artistes ont gagné 100 000 $ CA ou plus ; plus de 100 ont dépassé 500 000 $ CA ; près de 70 ont franchi le cap du million de dollars canadiens.
- Les redevances de la musique francophone ont augmenté de 38 % à l’échelle mondiale depuis 2023, ce qui signifie que le couloir d’exportation du Québec s’élargit également.
C’est le même schéma qu’InterSpace Daily a suivi au Royaume-Uni, où environ les trois quarts des revenus Spotify des artistes britanniques proviennent également de l’étranger. Les marchés anglophones matures ne croissent pas chez eux. Ils croissent en étant écoutés partout ailleurs.
Ce que couvre réellement la redevance du CRTC
La réponse politique du Canada à tout cela est la Loi sur la diffusion continue en ligne, la loi de 2023 qui a modifié la Loi sur la radiodiffusion. Elle est appliquée par le CRTC, c’est-à-dire le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.
En mai 2026, le CRTC a publié la Politique réglementaire de radiodiffusion 2026-96, triplant la contribution de base que les grandes plateformes de streaming doivent au contenu canadien, la faisant passer de 5 % à 15 % de leurs revenus canadiens.
Voici la nuance que la plupart des articles omettent. Le taux de 15 % vise les services audiovisuels comme Netflix, Disney+ et Apple TV+. Spotify, Apple Music et YouTube Music sont classés comme des services audio uniquement, et Spotify a déclaré que la décision de mai ne s’applique pas à lui pour l’instant. Les fournisseurs de services numériques (DSP) audio relèvent d’une contribution distincte encore à l’étude, et la redevance audio initiale de 5 % est suspendue en attendant un recours devant la Cour d’appel fédérale déposé par Spotify, Apple et Amazon. DSP signifie fournisseur de services numériques (digital service provider).
Les États-Unis ont signalé l’ensemble du régime comme une source d’irritation commerciale avant l’examen de 2026 de l’ACEUM, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique. En d’autres termes, le levier censé financer la musique nationale est bloqué devant les tribunaux et ne touche pas directement les plateformes sur lesquelles les artistes canadiens gagnent réellement de l’argent.
Ce que cela signifie pour un artiste canadien indépendant
Ce qu’il faut retenir, ce n’est pas que les règles sur le contenu canadien (CanCon) sont inutiles. C’est que la croissance est à l’étranger, et qu’une stratégie de distribution axée sur les quotas nationaux vise le plus petit bassin.
- Si 92 % de l’argent provient de l’étranger, votre sortie doit être livrée proprement à chaque marché, pas seulement à ceux qui disposent d’équipes éditoriales locales.
- Les artistes francophones exportent aussi, donc les balises linguistiques des métadonnées et les rapports par territoire sont tout aussi importants pour un artiste montréalais que pour un artiste torontois.
- Les sauts de seuil se produisent lorsque les écoutes de découverte se convertissent à l’étranger, ce qui récompense les distributeurs qui touchent le plus large éventail de DSP et déclarent les redevances par territoire.
InterSpace Distribution livre en natif DDEX à l’ensemble des DSP et rapporte les revenus par territoire, afin qu’un artiste canadien puisse voir les parts américaines, françaises et latino-américaines qui constituent les véritables 92 %. DDEX signifie Digital Data Exchange, la norme qui permet de conserver les crédits et les paiements liés à une sortie. Pour les labels et les agrégateurs, ToneGrid ajoute une livraison en marque blanche avec des fonctions anti-fraude et KYC intégrées.
Les classements canadiens disent que le pays est un marché du top 10. Les relevés de redevances canadiens disent que ses artistes sont une entreprise d’exportation. Le distributeur que vous choisissez doit être conçu pour le deuxième fait.