Les charts français n’ont jamais été aussi français depuis 20 ans. L’export, lui, recule de 8,6 %.

Le marché français de la musique enregistrée a atteint 1,071 milliard d’euros en 2025 et ses classements n’ont jamais été aussi hexagonaux depuis vingt ans. Mais l’export a chuté de 8,6 %, à 148 millions d’euros. Voici où vit réellement l’audience francophone, et ce que les indépendants doivent corriger.
France’s Charts Are the Most French in 20 Years. Its Export Money Fell 8.6%. France’s Charts Are the Most French in 20 Years. Its Export Money Fell 8.6%.

La France a terminé 2025 au sixième rang mondial des marchés de la musique enregistrée, avec 1,071 milliard d’euros de revenus, en hausse de 3,9 % et une dixième année consécutive de croissance, selon la lecture que fait Music Business Worldwide du rapport annuel du SNEP.

Le SNEP, ou Syndicat National de l’Édition Phonographique, est l’organisation des labels français qui publie les chiffres officiels du marché.

Ses chiffres 2025 pointent dans deux directions à la fois. Sur le territoire, le répertoire français n’a jamais été aussi solide. À l’étranger, l’argent a reculé.

Le marché domestique fonctionne

  • Les revenus du streaming ont franchi pour la première fois la barre des 700 millions d’euros, à 702 millions, en hausse de 5,7 %.
  • L’abonnement payant en représente 553 millions, en progression de 5,9 %, pour 12,6 millions d’abonnements.
  • L’audio financé par la publicité est la ligne qui progresse le plus vite en pourcentage, en hausse de 12 % à 84 millions d’euros.
  • Le streaming vidéo est le seul poste en recul, à 65 millions d’euros, soit 2,9 % de moins.
  • Le vinyle apporte 113 millions d’euros, en hausse de 14,8 %. Le CD se maintient quasiment à l’équilibre, à 89 millions.

Les artistes locaux ont capté 75 % des ventes d’albums du Top 200 et 16 des 20 meilleures ventes. Le rap et la pop pèsent chacun environ un tiers de la consommation en streaming, une première, et neuf des dix albums certifiés Diamant en 2025 sont des disques de rap produits en France, selon Digital Music News.

Le chiffre qui part dans le mauvais sens

Les revenus à l’export ont chuté de 8,6 % à 148 millions d’euros, contre 162 millions en 2024.

La lecture facile veut que 2024 ait été gonflée par les Jeux olympiques de Paris, et que l’export reste en hausse de 11 % sur deux ans. La lecture moins confortable, c’est le plafond qui se trouve en dessous. Le taux de pénétration du streaming payant en France s’établit à 27,1 %, en hausse de 1,2 point mais faible pour un marché du top six. Une base domestique plafonnée doublée d’une ligne export molle, c’est un problème de croissance, pas un tour d’honneur.

L’audience francophone ne vit pas en France

Les propres données francophones de Spotify racontent une autre histoire que la ligne export du SNEP.

  • Les écoutes de musique en langue française sur Spotify ont progressé de 192 % entre 2019 et 2024.
  • 123 millions d’utilisateurs ont écouté du contenu francophone en 2024.
  • Plus de 100 millions de ces auditeurs se trouvaient hors de France, du Québec et de la Belgique.
  • Les ajouts en playlists francophones ont augmenté de 26 % entre 2023 et 2024.
  • Gustav Gyllenhammar, de Spotify, cite l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine comme les marchés où l’écoute « explose ».

Ces données proviennent du rapport francophone de Spotify, relayé par MBW. L’écart entre ces chiffres et une ligne export en baisse est un problème de distribution, pas un problème de demande.

Ce qu’un indépendant français devrait changer

Livrer sur les plateformes que l’Afrique francophone utilise vraiment

Boomplay, Audiomack et Anghami couvrent Abidjan, Dakar, Douala et le Maghreb comme une vitrine Spotify France ne le fera jamais. Si votre distribution s’arrête à la liste de DSP par défaut des grands marchés, vos auditeurs ivoiriens et algériens sont sur YouTube, à une fraction du taux de rémunération.

Déclarer les répartitions avant la sortie, pas après

Les collaborateurs congolais, ivoiriens et algériens d’un disque de drill parisien sont régulièrement absents des métadonnées. Les parts d’ayants droit non déclarées ne s’accumulent pas discrètement, elles restent non attribuées.

Connaître la taxe de 1,2 %

Depuis janvier 2024, la France taxe à 1,2 % de leur chiffre d’affaires les services de streaming réalisant plus de 20 millions d’euros en France. Le CNM, ou Centre National de la Musique, est l’organisme que cette taxe finance. Billboard a suivi le bras de fer qui l’a ramenée des 1,75 % initialement proposés. Elle rapporte environ 13,7 millions d’euros par an, et une partie sert à financer des aides à l’export auxquelles les indépendants français peuvent prétendre.

Traiter Deezer et Qobuz comme des plateformes de premier rang

Deezer a vu ses revenus français croître de 4,2 % au premier trimestre 2026 et atteint 5,8 millions d’abonnés directs au premier semestre. Une réserve : en juin 2026, les titres entièrement générés par IA ont dépassé 50 % des mises en ligne quotidiennes sur Deezer, avec un pic proche de 90 000 par jour, selon Billboard. Les places en playlists éditoriales n’y seront pas plus faciles à décrocher.

Ce que cela dit de la distribution

Le rap français n’a presque plus de marge de progression en part de marché domestique. La prochaine unité de croissance est francophone, et elle est hors des frontières.

Ce qui fait la différence entre un tube à Paris et un catalogue qui rapporte à Abidjan, c’est une livraison nativement DDEX vers les DSP régionaux, doublée de répartitions multipartites propres. DDEX, ou Digital Data Exchange, est la norme de métadonnées que les DSP utilisent pour ingérer les sorties et acheminer les royalties. Même schéma que pour les charts italiens locaux à 85 % et pour le top 16 polonais dominé par le rap : la domination locale n’est pas la même chose que les revenus internationaux, et le correctif se trouve presque toujours dans la couche de distribution.

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