Un audit chiffre à 25 millions de dollars le trou de la société congolaise des droits d’auteur. Le vrai argent de la rumba se compte à Paris.

Les droits d’auteur congolais sont en panne au pays: l’IGF a relevé plus de 25 millions de dollars manquants à la SOCODA, et seulement 35 882 dollars dont le versement aux ayants droit a pu être confirmé. Le vrai argent de la rumba, lui, se compte à Paris. Voici où il atterrit.
An Audit Says Congo’s Copyright Society Lost 25 Million Dollars. Rumba’s Real Money Is Counted in Paris. An Audit Says Congo’s Copyright Society Lost 25 Million Dollars. Rumba’s Real Money Is Counted in Paris.

Un audit de la société congolaise des droits d’auteur, mené par l’inspection des finances de l’État, a établi que plus de 25 millions de dollars de redevances collectées n’étaient pas justifiés. La somme dont les auditeurs ont pu confirmer qu’elle avait effectivement atteint les ayants droit s’élève à 35 882 dollars.

IGF signifie Inspection Générale des Finances, l’organe de contrôle des finances publiques de la République démocratique du Congo. Ses conclusions, relayées par Africa Intelligence et rapportées à Kinshasa par Mbote, font état de retraits en espèces et de virements sortis des comptes de la SOCODA sans état de répartition correspondant.

La SOCODA est la Société Congolaise des Droits d’Auteur et des Droits Voisins. C’est un OGC, un organisme de gestion collective: la structure qui délivre les licences aux diffuseurs, aux salles et aux services de streaming pour le compte des auteurs et des interprètes, puis répartit les sommes perçues.

Le chiffre qui compte, c’est 140

Le 15 juillet, la SOCODA a organisé sa quatrième répartition sous la présidence du conseil d’administration de Jossart Nyoka Longo et la direction générale de Joe Mondonga. Focus Actu a dénombré près de 140 auteurs et compositeurs payés, et a relevé que les artistes plasticiens étaient inclus pour la première fois dans un versement.

Cent quarante personnes, dans un pays d’environ 100 millions d’habitants, dont le genre national est inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. La rumba congolaise a obtenu cette inscription en décembre 2021, conjointement avec la République du Congo.

Innoss’B, l’un des artistes les plus exportés de RDC, a déclaré à Congo Quotidien en février n’avoir touché qu’un seul versement de 600 dollars depuis son adhésion à la SOCODA en 2016. Sa formule était sans détour: la référence, pour un artiste congolais, c’est désormais la reconnaissance à l’étranger, et c’est dangereux.

L’argent de la rumba se compte à Paris

Billboard France a publié un classement des dix artistes congolais les plus streamés en France sur l’ensemble de 2025. Il se lit comme le véritable relevé de droits de la scène.

  • Fally Ipupa, puis Koffi Olomidé, puis Ferre Gola en tête.
  • Dena Mwana, Moise Mbiye, Faveur Mukoko et Adorons l’Éternel ensuite. Quatre artistes gospel dans un même top dix.
  • Roga Roga, Gaz Mawete et Innoss’B ferment la marche.

Ce poids du gospel n’est pas un schéma kinois. C’est un schéma de diaspora, porté par les assemblées francophones de Paris, Bruxelles et Montréal qui écoutent sur Spotify, Deezer et YouTube, en euros.

Le double album XX de Fally Ipupa, sorti le 17 avril 2026, est paru chez Warner Music France et Elektra France. L’artiste réunit environ 2,5 millions d’auditeurs mensuels sur Spotify. Le catalogue est congolais. Le canal de distribution, le reporting et la devise de paiement ne le sont pas.

Ce qu’un indépendant congolais peut réellement maîtriser

Le bras de fer avec l’OGC prendra des années et exigera une refonte de la gouvernance. L’argent de l’enregistrement, lui, n’attend pas. Des gestes concrets, applicables tout de suite:

  • L’édition et l’enregistrement sont deux lignes de revenus distinctes. Les artistes congolais courent souvent après la première et perdent la seconde à cause de métadonnées de livraison bâclées.
  • Créditer chaque featuring, producteur et auteur au moment de la livraison, avec les répartitions attachées à la sortie plutôt que réglées au téléphone après coup.
  • Lire son reporting par territoire. Si la France, la Belgique et le Canada sont vos trois premiers marchés, votre budget et votre calendrier de sortie s’y jouent.
  • Ne pas écarter Boomplay et Audiomack parce que le taux par écoute paraît faible. Ce sont les plateformes de découverte de Kinshasa et du public d’Afrique centrale, celui qui apparaît ensuite dans les chiffres à l’export.
  • Garder des codes ISRC et UPC cohérents entre singles, remixes et versions album, pour que les collectes côté français puissent remonter jusqu’à vous.

Les tuyaux progressent plus vite que les institutions

DataReportal recensait 34,7 millions d’internautes en RDC fin 2025, soit un taux de pénétration de 30,5 pour cent. Une plateforme nationale de paiement interbancaire reliant les banques et les opérateurs de mobile money devait entrer en service en mars 2026, aux côtés d’un programme public pluriannuel d’infrastructures numériques.

L’excuse historique pour ne pas payer les artistes congolais tenait à l’absence de moyen fiable de faire circuler l’argent. Cette excuse arrive à expiration.

Reste un problème de métadonnées, qu’un artiste et un distributeur peuvent régler sans attendre le moindre audit. DDEX signifie Digital Data Exchange, la norme qui transporte crédits, répartitions et données de territoire jusqu’à chaque plateforme. Bien livrée, elle fait la différence entre une ligne de droits française qui vous retrouve et une autre qui reste sans correspondance.

La rumba congolaise a reçu sa plaque UNESCO en 2021. La comptabilité, elle, n’a presque rien rattrapé.

À lire également: la répartition trimestrielle du BURIDA en Côte d’Ivoire, le système de droits kényan devant les tribunaux, et où atterrissent réellement les revenus de la musique enregistrée en Afrique subsaharienne.

Previous Post
Ecuador’s Authors’ Society Distributed 6.6 Million Dollars. Its Own Members Got 878,000.

La société d'auteurs de l'Équateur a distribué 6,6 millions de dollars. Ses propres membres en ont reçu 878 000.

Next Post
Tom Corson, newly appointed Chief Operating Officer of Warner Music Group, in a corporate setting.

Tom Corson nommé directeur des opérations de Warner Music Group après le départ d'Armin Zerza