Les tarifs de redevance musicale à Madagascar sont toujours fixés par un décret de 1998, le Décret n° 98-435, libellé en francs malgaches, une monnaie retirée de la circulation le 1er janvier 2005.
Ce n’est pas une simple curiosité réglementaire. C’est la raison pour laquelle les revenus de streaming d’un artiste malgache et ceux versés par sa société de gestion n’ont aucun rapport entre eux.
Ce que le barème de 1998 facture réellement
Le décret fixe tous les taux que l’Office Malagasy du Droit d’Auteur est habilité à percevoir. L’OMDA désigne l’office malgache du droit d’auteur, créé en 1984 et doté de l’administration exclusive du droit d’auteur et des droits voisins par le Décret n° 98-434.
- Concerts payants : 6 pour cent du produit brut de la billetterie
- Événements à entrée libre : 6 pour cent des dépenses brutes
- Radio et télévision : 7 pour cent du budget de fonctionnement ou des recettes publicitaires
- Boîtes de nuit et cabarets : 7 pour cent des recettes nettes
- Musique au cinéma : 3 pour cent de la billetterie
- Musique publicitaire : 10 000 FMG par 30 secondes à la radio, 50 000 FMG à la télévision
Dix mille francs malgaches correspondent à 2 000 ariary au taux de conversion fixe de 5 pour 1. Au taux de début septembre 2026, d’environ 4 300 ariary pour un dollar, la musique d’un spot radio de trente secondes est tarifée à environ 46 cents américains.
Les pourcentages n’ont pas bougé. L’Express de Madagascar a rapporté en janvier 2024 que l’OMDA prélève toujours 6 pour cent sur les spectacles payants et 6 pour cent des dépenses brutes sur les événements gratuits, soit les chiffres exacts inscrits en 1998. Le journal évaluait le nombre d’adhérents à 8 896.
Les interprètes n’ont pas de ligne budgétaire distincte. Sous le même décret, la rémunération équitable due aux artistes interprètes et aux producteurs de phonogrammes est fixée à 20 pour cent de la redevance d’auteur perçue. Le côté master d’un enregistrement malgache est un dérivé du côté édition, et non un droit qui se suffit à lui-même.
Aucun tarif numérique, et aucune loi pour en créer un
Rien dans le barème ne couvre le streaming à la demande, les téléchargements ou les contenus générés par les utilisateurs. Aucune de ces catégories n’était licenciable à Madagascar au moment de sa rédaction, et WIPO Lex recense toujours la Loi 94-036 comme loi sur le droit d’auteur en vigueur.
Une révision circule depuis quatre ans. Le député Paul Bert Rahasimanana, qui se produit sous le nom de Rossy, a déposé un projet de loi en juin 2022 pour assouplir le contrôle ministériel sur l’OMDA selon un modèle SACEM, notant que l’office fonctionnait avec environ 100 millions d’ariary par an de subvention ministérielle.
Au 23 janvier 2023, le même journal rapportait que le ministère de la Culture contestait la licéité du statut proposé d’« autorité administrative indépendante », et que les membres étaient impayés depuis 2022.
Haja Ranjarivo, démis de ses fonctions de directeur général en février 2022, a repris le poste le 10 décembre 2024, promettant des représentants régionaux et un nouveau décret « en cours de finalisation ». Le 6 août 2026, l’ethnomusicologue Jimmy Hilarion Rakotonavory a été élu président du conseil d’administration pour trois ans. Quatre ans de renouvellement de direction, et le barème des redevances n’a pas changé d’une ligne.
Ce qu’une sortie malgache devrait réellement faire
La règle vaut partout où le barème d’une société de gestion antédate le streaming, ce qui concerne la majeure partie du continent.
Traiter l’OMDA et votre distributeur comme deux circuits distincts
L’OMDA perçoit hors ligne : diffusion, salles, spectacle vivant, reproduction. Rien de ce qui est généré sur Spotify, Deezer, YouTube ou Boomplay ne vous parvient par son canal. Y enregistrer des œuvres protège le volet de la représentation locale et ne fait rien pour le volet numérique, la même division que nous avons documentée en Namibie.
Évaluer honnêtement le marché intérieur
DataReportal a dénombré 6,71 millions d’utilisateurs d’internet à Madagascar à la fin de 2025, soit un taux de pénétration de 20,4 pour cent, contre 21,8 millions de connexions mobiles. Le volume de streaming intérieur est faible. L’argent d’une sortie de salegy, de tsapiky ou de rap malgache réside dans l’export et la diaspora, ce qui rend le reporting territorial plus précieux qu’une position dans un classement local.
Consigner les répartitions avant la sortie
Avec la rémunération des interprètes indexée sur une fraction de la part d’auteur, les répartitions entre contributeurs convenues verbalement en studio sont quasi irrécupérables par la suite. Le Burkina Faso tente de reverser 508 millions de francs CFA que personne n’a réclamés. Le calcul n’a jamais été le problème. La documentation, oui.
Un distributeur qui dépose des métadonnées conformes à DDEX, DDEX étant le standard Digital Data Exchange que les DSP ingèrent, et qui reporte par territoire, donne à un titulaire de droits malgache ce que le décret de 1998 ne peut pas offrir : un relevé par marché de ce qui a été perçu et par qui. Le versement du Sénégal, dominé par les sonneries d’attente, montre ce qui se passe quand ce relevé existe uniquement du côté de la société de gestion.